En RDC, quand l’invalidation de la présidentielle kenyane revigore l’opposition et fait sourire la Majorité

En Afrique, toute dérive anti-démocratique dans un État a toujours un écho certain sur le
reste du continent. Et c’est aussi le cas lorsque cette partie du monde touchée par les
conflits post-électoraux ces 20 dernières années fait des progrès en matière de démocratie.

Confrontée à une grave crise politique née de l’absence des élections après l’expiration du
mandat du chef de l’État Joseph Kabila le 19 décembre 2016, la RDC est attentive à
l’actualité politique au Kenya où l’opposition vient d’arracher une victoire politique rare.

En effet, saisie par la coalition de l’opposition à l’issue de la présidentielle du 8 août 2017
remportée par le président sortant Uhuru Kenyatta, la Cour suprême du Kenya a décidé
d’invalider le scrutin suite à des « irrégularités ». Une décision saluée dans les rues de
Nairobi par les partisans de l’opposant Raila Odinga. À Kinshasa aussi, par l’opposition
congolaise.

Une joie qui passe mal pour le PPRD

Du côté du Rassemblement de l’opposition, on n’a pas boudé son plaisir de voir, pour une
fois, le pouvoir être débouté par la justice. Et c’est Claudel-André Lubaya qui a dégainé le
premier. Il s’agit pour lui, de « la victoire de l’État de droit sur le fait du prince ». Et le
président de l’UDA de poursuivre sur son compte twitter : « Une autre Afrique est possible,
Montesquieu doit se réjouir ».

Réponse immédiate de Patrick Nkanga, président de la ligue des jeunes du PPRD, le parti
au pouvoir : « Une autre Afrique ? Alors que c’est Montesquieu qui devrait se réjouir à la
place du peuple kenyan », l’a-t-il interpelé, avant de tacler le député de l’opposition, « votre
assertion en dit long sur [votre] état d’esprit ».

C’est un classique en RDC que la classe politique se divise à chaque dénouement politique
outre cieux. En 2015, alors que la rue venait de renverser le président du Burkina Faso,
Blaise Compaoré, coupable de vouloir changer la constitution, à Kinshasa, le slogan
« Burkina Faso » était devenu l’hymne de la contestation au maintien au pouvoir de Joseph
Kabila. Pourtant, le « Congo n’est pas le Burkina Faso », répliqua Lambert Mende, porteparole
du gouvernement.

Alors que la Cour constitutionnelle gabonaise a confirmé en septembre 2016 la réélection
d’Ali Bongo malgré la contestation de l’opposant Jean Ping, la décision de la haute instance
judiciaire kenyane de faire rejouer la présidentielle suscite forcement des commentaires au
sein de l’opposition congolaise. Elle qui a vu ces derniers mois la cour constitutionnelle
prolonger le mandat du chef de l’État ou approuver le report de la présidentielle. Là où, pour
l’opposant Martin Fayulu, les juges de la Cour suprême kenyane ont fait preuve de
« courage ».

Patrick LOKONI

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